Communication et développement au sein de la pédagogie conductive


Intervention orale réalisée au nom de l’Association des Parents de La Famille, à l’occasion de la plateforme d’échange du samedi 17 mars 2012 autour du thème « communication et développement ».


Communication et développement

Je vais vous présenter certaines réflexions qui sont nées au sein de notre association de parents autour de la place de la communication dans le développement ; en précisant d’emblée que ce à quoi nous avons réfléchi c’est à la place de la communication dans le développement de l’histoire entre un parent et son enfant.

Aucun de nous ne dispose en effet des compétences scientifiques suffisantes pour parler, avec autorité, de la place et de l’importance de la communication dans le développement des enfants porteurs de handicap. Par contre, nous sommes tous parents et, à ce titre, nous avons tous eu à construire un lien avec nos enfants… étant entendu que la communication, qu’elle soit verbale ou pas, a eu et aura encore un lien à jouer dans ce processus de construction du lien.

Avant d’aller plus loin, je voudrais préciser que mon propos sera organisé autour de deux axes, qui revoient à deux « facettes » de la communication :

- Le premier axe sera celui de la communication pratique, au sens d’échange d’informations ;

- Le second axe sera celui de la communication dans ce qu’elle symbolise et représente ;



1. La communication en tant que telle

L’étymologie indique que le verbe « communiquer » est issu de la racine latine « communicare » signifiant « mettre en commun ».

Il me semble que cette information est fondamentale. Car elle permet de saisir que derrière l’échange formel d’informations auquel certaines personnes réduisent parfois la communication, il y a un véritable enjeu : celui de mettre en commun et donc de « créer du lien »… et dans le cas qui nous occupe créer du lien avec son enfant.

Cette information, qui peut paraître toute simple, nous semble fondamentale et nous avons souhaité la mettre en avant.

Pourquoi ?

Parce qu’au départ de toute histoire familiale il y a une mère, un père et un enfant… qui, s’ils sont liés par leur code génétique, ne présentent aucun lien entre eux, ne partagent aucun « commun », aucun « ensemble ».

Or, à bien y regarder, il semble que la construction d’un lien, la création d’une expérience « commune » passe par la communication…  qu’elle soit verbale ou gestuelle.
Il nous a dès lors semblé possible de formuler le postulat suivant : sans communication, la création d’un lien affectif entre parents et enfant est impossible ; ou à tout le moins particulièrement compliqué.
A partir de là, les parents ont un rôle fondamental à jouer. Et ce rôle n’est pas de conduire ou de tirer leur enfant vers le mode de communication qui LEUR semble le plus opportun (à savoir, en règle générale, la communication verbale maîtrisée) mais bien de trouver le mode de communication qui correspond le mieux à l’enfant et de se placer, eux-mêmes, à ce niveau-là.

Pour le dire autrement, le rôle des parents est de SE METTRE EN RESONNANCE avec leur enfant.

Dans ce contexte de réflexion, la communication semble fondamentale pour que la relation parent – enfant puisse exister et se développer.

Il est donc fondamental que chaque parent identifie le mode de communication privilégier de son enfant et apprenne ce mode de communication… quelle que soit sa forme… sans vouloir, à tout prix, conduire l’enfant vers la langage verbal… et encore moins en stygmatisant un mode de communication qui serait non verbal.

Il n’y aurait en effet pas de sens de s’obstiner à dire à un enfant souhaitant s’exprimer de manière gestuelle qu’on ne « l’écoutera » (et c’est bien le cas de le dire) que s’il formule sa demande verbalement… faire cela ce n’est pas stimuler son enfant à parler… c’est empêcher la création d’un lien... c’est donc passer à côté de ce qui est probablement essentiel.

Le message que nous notre association souhaite faire passer aujourd’hui peut donc être résumé de la manière suivante : communiquer avec son enfant ce n’est pas faire accéder celui-ci au langage ; c’est échanger et créer du lien avec lui selon le mode qui lui est le plus approprié.

Dans ce contexte, je suis toujours émerveillé de voir la manière dont Barbara et Nicholas (deux membres de notre association) communiquent avec leur fils Hugo.

Hugo est un petit garçon de 3 ans qui présentent des difficultés à formuler des mots et à produire des sons… étant entendu que sa compréhension du monde est bonne, juste, claire. Dans ce contexte, Hugo s’exprime en s’appuyant sur une gestuelle précise.

Je sais que Barbara et Nicholas aspirent à ce que leur fils accède plus largement à la communication verbale ; mais ils ont compris que, dans l’état actuel des choses, le fait de recourir de manière systématique au langage verbal, en négligeant la gestuelle, les priverait d’une partie de leur fils et affecterait la qualité de leur relation avec lui. Ils ont donc appris cette gestuelle et l’utilisent au quotidien.

Et ceci est d’autant plus important à souligner qu’ils se sont heurter aux questions, voire aux doutes, de leur entourage. Car, en effet, quel sens peut-il y avoir à passer par le geste pour apprendre à parler ? Et n’est-il pas totalement contre-productif d’inviter l’enfant à développer une communication gestuelle efficace quand on souhaite le voir parler ? ne risque-t-on pas d’installer l’enfant dans une zone de confort et de compréhension dont il sera difficile de le sortir ?

Ces questions, Barbara et Nicholas les ont entendues ; ils les ont vécues ; ils les ont souffert. Mais ils ont fait confiance aux équipes entourant Hugo et ils sont « entrés » dans le monde d’Hugo, via la gestuelle.

Et ceci a aujourd’hui deux effets clairement identifiés : ils vivent une relation heureuse avec hugo ; et hugo se sentant « compris », « entendu » et probablement « accepté » prend confiance et s’ouvre de plus en plus au langage verbal… du bonheur quoi… sans parole…

Ceci étant, je voudrais vous dire quelques mots à propos d’un autre rôle joué par la communication ; dans une dimension symbolique cette fois.


2. La communication dans son aspect symbolique

Pour développer ce point, je partirai d’un postulat simple : nous sommes nombreux ici, aujourd’hui, à être parents ou proches d’enfants en difficulté… et nous sommes tous dès lors, très probablement, en attente d’étapes, d’avancées, de moments pivots marquant un progrès significatif de notre enfant ; un pas qui compte sur son chemin ; ou, comme on le dit à l’école de La Famille, un élément de plus dans sa « boîte à outils ».

Dans ce cadre, il me semble que l’accès à la parole constitue une attente des parents ; il me semble que, pour beaucoup d’entre nous, les choses se passent comme si l’accès à la parole était attendu comme le révélateur d’une amélioration, d’une guérison, d’une évolution profonde et naturellement favorable.

Or j’ai le sentiment que cette attente est dangereuse et illusoire.

Dangereuse tout d’abord car le fait d’attendre d’un événement futur qu’il libère ou guérisse notre enfant, revient à dire que ce dernier est, à l’heure actuelle, « insatisfaisant ». Or les enfants, j’en suis persuadé, sont particulièrement réceptifs à nos attentes. Ils les sentent, ils les comprennent, ils les portent. Et il n’y a pas de raisons, qu’en plus de leurs difficultés, nous leur fassions porter le poids de nos propres attentes, de notre tristesse, voire de nos déceptions.

Quand on est parent d’un enfant handicapé, il est important de réaliser une inversion de point de vue, de modifier les perspectives. Il faut être capable de voir que chaque pas que notre enfant réalise est un pas de plus, est une victoire. Il faut observer l’évolution depuis la ligne de départ… et non depuis la ligne d’arrivée… depuis laquelle on ne voit que les pas qu’il reste à faire, depuis laquelle on ne voit que la distance qu’il reste à combler.

Illusoire ensuite car il est faux de croire que l’accès à la parole est une garantie cognitive en tant que telle. Et j’appuierai mon propos sur mon expérience personnelle cette fois-ci.

Mon fils Mano parle et plutôt bien. Ma compagne et moi avons été heureux de le voir développer un langage fourni. Mais ce langage n’a pas atténué ses difficultés… je pense même qu’elle les a révélées avec plus force.

En effet, le langage n’est jamais que la traduction d’une certaine perception de la réalité… et les séquelles cérébrales de Mano affectent précisément cette perception. Ce qui fait que mon fils me parle et que j’en suis heureux ; nous chantons, nous faisons des devinettes… mais cet accès au langage n’a en rien guéri son rapport au temps et à l’espace, ni accéléré ses facultés de compréhension.

Or j’ai vécu avec cette idée que la parole guérissait. J’ai donc été déçu et triste.

Pour finir je voudrais vous dire que chaque fois que je fais du co-voiturage et que j’emmène Mano et Hugo à l’école,  je suis le témoin amusé de leurs échanges… échanges entre un enfant qui perçoit très justement le monde mais qui ne parle pas encore… et un autre enfant qui parle mais qui perçoit le monde de manière altérée.

Et quand je les regarde, je retiens une seule chose : Mano et Hugo sont deux amis, souriants, qui se comprennent.

Mano et Hugo communiquent entre eux et avec leur entourage
Mano et Hugo


Alors verbale ou pas, l’important de cette communication est qu’elle existe et qu’elle a permis la création d’une amitié entre deux enfants… et c’est probablement là qu’est l’essentiel.