Un regard holistique sur les besoins de Mano

Témoignage de Dominique Fagnart:
 L'Éducation Conductive (ou Pédagogie Conductive) est une méthode d'éducation spécialisée pour Infirmes Moteurs Cérébraux (IMC), créée par le médecin pédiatre hongrois Andras Petö dans les années 1940.
C'est une approche globale, qui part d'un pari positif sur les capacités des IMC, où par une série de jeux et d'exercice, la personne handicapée est amenée à développer ses acquisitions par l'accompagnement d'un Conducteur, dont la particularité est d'être éducateur polyvalent, formé en 4 ans en psychologie, kinésithérapie, orthophonie, instruction publique, pour concevoir des exercices globaux, par opposition à des prises en charges traditionnelles plus parcellisées.
Élaborée à Budapest dans ce qui est aujourd'hui le plus grand centre mondial pour enfants IMC, elle s'est répandue dans le monde à l'ouverture des pays de l'Est. Depuis, elle s'est largement implantée en Allemagne, au Royaume-Uni, et aux États-Unis. Elle est aujourd'hui pratiquée dans 170 structures à travers le monde. Des centres pilotes existent dans l'univers francophone en Belgique et à Paris. Wikipedia
Depuis longtemps je suis persuadée que l’éducation conductive apporte aux enfants handicapés des clés vers l’autonomie et vers l’estime de soi. Initialement fondée et décrite pour les enfants porteurs d’un handicap moteur, la philosophie de cette approche peut à mon sens être étendue et employée dans bien d’autres situations de handicap.

Quand Mano est entré à La Famille, il y a 2,5 ans, je savais qu’il allait y trouver un milieu épanouissant, qui tiendrait compte de toutes ses capacités comme de ses difficultés et serait respectueux de son entourage et de ses attentes.

Un enfant, quelque soit son handicap, doit être éduqué pour interagir avec ses pairs, communiquer avec eux, trouver sa place dans la société, apprendre à voir, affronter et résoudre au mieux les problèmes quotidiens…et ils sont nombreux…C’est à ce prix qu’il trouvera sa place dans la société et sera le plus autonome possible.

Quand Mano me dit : «  je veux le faire tout seul », que ce soit vouloir grimper dans son siège auto , ou dans son nouveau lit… et qu’il procède par essais-erreurs, en me disant ce qu’il fait et en cherchant les aides de l’environnement, je me dis qu’il a intégré les principes de l’éducation conductive pour arriver à faire un pas de plus vers son indépendance en cherchant à s’adapter aux nouvelles situations.
Comment y arrive t il ? Il mobilise toutes ses ressources : il utilise ses capacités motrices en cherchant les points d’appuis nécessaires, en s’aidant de l’environnement ( tabouret, marche pied…), en verbalisant ce qu’il fait. Dire « tout haut » l’aide à anticiper et  planifier son geste. Le langage l’aide à faire le lien entre lui (ce qu’il pense, ce qu’il va devoir faire) et son corps. Il aime chercher à résoudre des problèmes et je sais qu’il y est constamment encouragé à l’école et en famille. Le programme qu’on lui propose à l’école est structuré et fait des liens entre les apprentissages moteurs, langagiers et cognitifs. Il apprend « en situation » ce qui donne sens à ses apprentissages.

L’éducation conductive mobilise de nombreux réseaux cérébraux : non seulement les circuits moteurs, mais également les circuits de l’attention, de l’émotion, de la communication, de la mémoire, de l’apprentissage, de la vision… : elle vise à faire des liens entre eux. Elle est une approche holistique.

Mano est un adorable petit bonhomme, volontaire, gai, généreux et tendre. Il nous épate tous les jours, et pas seulement quand il improvise au piano et joue à 4 mains avec son grand père…

 Mais, ses difficultés actuelles ne touchent pas que les aspects moteurs. D’autres fonctions, très souvent atteintes en cas de lésion cérébrale sont également atteintes : la motricité fine et l’organisation du geste (dyspraxie), la difficulté à analyser et comprendre ce qu’il voit ( troubles visuels centraux), les difficultés à s’exprimer «  sur commande » ( par exemple à répondre à une question : il s’exprime mieux de façon spontanée), la concentration et la mémoire.

Ses apprentissages doivent donc toujours partir du concret (sinon, il n’en voit pas le sens), être répétés, transposés et intégrés dans tous les moments de son quotidien. L’éducation conductive lui offre ce cadre et lui permet d’y progresser. Les apprentissages sont plus lents mais une fois qu’ils sont acquis, ils le sont bien.

Tout autre type d’enseignement, qui ne prendrait en compte qu’une seule de ses difficultés (comme le font malheureusement trop fréquemment nos enseignements spéciaux…) ou même plusieurs mais sans chercher à faire des liens entre les aspects moteurs, les apprentissages, la communication serait voué à l’échec.

C’est d’un regard holistique dont il a besoin. C’est grâce à cela qu’il a pu si bien progresser et continuera à le faire.

Dominique Fagnart, Neuropédiatre et grand-mère de Mano