Prise de parole de l'APLF à la plate-forme régionale France-Belgique autour de la pédagogie conductive

Bonjour à toutes et tous,

Avant toute chose permettez-moi de me présenter. Mon nom est Fabian Gillard, je suis le papa d’un petit garçon de 4 ans appelé Mano qui fréquente l’école et le centre de la Famille depuis 2 ans. Si je prends la parole ce matin, ce n’est toutefois pas tant en ma qualité de « papa de Mano » qu’en qualité de membre de l’association des parents des enfants qui fréquentent la Famille ; ceci ayant pour conséquence que la parole que je vais vous livrer n’est pas spécifiquement la mienne mais bien celle, collective, de tous les parents qui constituent notre association.

Ceci étant dit et avant d’entrer dans le cœur du sujet, je voudrais remercier très chaleureusement Mme Englebert, Madame Wouters, Mme Leclercq et M. Bawin pour l’immense confiance qu’ils accordent, depuis le premier jour, à notre association ; confiance sans laquelle nous ne serions pas là, en ce jour, pour présenter notre témoignage sur  la « pédagogie conductive ».

Ce témoignage, sera organisé autour de 3 axes principaux:

  • le premier portera sur les éléments que nous ressentons comme « positifs » depuis l’accession de nos enfants à la pédagogie conductive ;
  • le second portera sur les (inacceptables) limites actuelles des processus d’information et de diffusion qui existent autour de la pédagogie conductive ;
  • le troisième portera sur une interrogation quant à la place que doivent ou peuvent occuper les parents dans le cadre de la mise en œuvre d’une pédagogie conductive globale ; interrogation qui rebondit elle-même sur la question du lien de continuité ou de césure qui doit exister entre la vie à l’école et la vie à domicile.

Eléments ressentis comme positifs depuis l’accession de «nos » enfants à l’éducation conductive

L’accession  à un lieu où les « problèmes neurologiques » (et les différences qu’ils engendrent) sont connus et reconnus constituent pour les parents, et très certainement pour les enfants également, une immense source de soulagement et de réconfort.
Il est en effet important pour nous de souligner à quel point l’école et le centre de la Famille (où la pédagogie conductive est appliquée au quotidien) ont déposé de la paix et de l’harmonie sur nos vies de parents et sur la vie de nos enfants.

Pourquoi un tel soulagement ?
Tout d’abord parce que l’école et le centre sont des lieux où les problèmes neurologiques sont connus ; ce sont des lieux de réalité, des lieux de connaissance, des lieux de reconnaissance… et cela tranche de manière radical avec le flou tenace qui encadre les pathologies neurologiques dans le monde médical et pédagogique habituel.
Il convient à cet égard de ne pas minimiser l’impact psychologique et affectif déstructurant que peut avoir le discours malheureusement habituels des médecins ; médecins tellement tourmentés par la nécessité de placer chaque enfant dans une case précise de diagnostic, qu’ils oublient la réalité, la vie, l’espoir.

Avant d’arriver à l’école et au centre, les enfants sont des « cas » médicaux ; des anomalies neurologiques ; des problèmes face auxquels les solutions sont peu nombreuses, les traitements peu certains ; avant d’arriver à l’école et au centre, les enfants sont porteurs d’une anomalie et d’une incertitude médicale qui occupe tout l’espace de parole.
Et puis, viennent l’école et le centre… et puis vient la pédagogie conductive… et là, tout d’un coup, comme par enchantement, nos enfants redeviennent des enfants ! Et cela n’a pas de prix.

Dans le cadre de l’école et du centre, les enfants quittent la réalité médicale, pour intégrer une réalité de vie et de partage ; les enfants cessent d’être porteurs d’incertitude pour être investis d’un projet ; les enfants cessent d’être un problème pour devenir les porteurs de leurs propres solutions.

Par ailleurs, et cela a son importance, dès lors que les portes de l’école et du centre s’ouvrent, les parents peuvent aussi redevenir parents. Ils cessent d’être kinés, logopèdes, infirmières, ergothérapeutes, enseignant… ils cessent d’être cela pour retrouver leur rôle premier : soutien affectif de leur enfant… rôle qui n’est malheureusement occupé par personne lorsque les parents sont amenés à être autre chose.

Pour le dire simplement : via l’école et le centre (et donc via le lieu d’exercice de la pédagogie conductive), chacun (parent et enfant) retrouve son humanité… et être un humain « humanisé », c’est vraiment bien ; c’est vraiment bon ; c’est vraiment agréable.
Et notre expérience partagée nous permet de dire que seule l’école et le centre ont permis à ces choses agréables de prendre leur place.

Cela doit être dit et c’est pour cela que nous le disons ; le plus haut et le plus fort possible.

Eléments problématiques en matière d’information et de diffusion de l’information
Pour introduire ce point, je voudrais recourir à une métaphore… probablement simpliste, vous m’en excuserez… mais qui a le mérite d’être parlante.

Dans le contexte médico-sociétal actuel, la pédagogie conductive est une forme particulière de monstre du Loch Ness… une chose dont on parle, mais dont personne ne sait vraiment à quoi elle ressemble, dont personne ne sait vraiment d’où elle vient et où elle va, dont certains se méfient, dont d’autres nient l’existence où l’ignorent et qui est aussi, par essence, une merveille.

Et si la fable du Loch Ness peut, dans certaines circonstances, être un récit amusant, elle ne l’est absolument pas dans le cas qui nous occupe… j’irais même plus loin en disant qu’il est pour nous insupportable de constater qu’une méthode, dont l’impact est aussi important sur la vie des enfants et des parents confrontés aux troubles neurologiques, reste si largement méconnue.

Pourquoi est-ce à ce point insupportable ?

Tout d’abord, et de manière très égoïste, parce que nous sommes pour la plupart conscients que nous avons trouvé l’école et le centre par chance ; or la chance n’est pas une science exacte… et nous aurions dès lors très bien pu ne pas trouver l’école… ne pas trouver la pédagogie conductive… et demeurer dans le contexte que je viens de dépeindre dans le point précédent… nous aurions pu rester dans la grande pièce oppressante de la médicalisation et du regard sceptique, sans jamais trouver la porte de sortie ; or, cette porte existe, et il est bénéfique pour chacun de nous de la trouver ; que ce soit en qualité de parent ou d’enfant.

Cette « non vue » sur la porte de sortie est particulièrement problématique dès lors que, non seulement elle crée un manque de visibilité, maisencore parce qu’elle génère une barrière décisionnel. En effet, quand bien même un parent viendrait à entendre parler de la pédagogie, rien ne garantit que la vision (volontairement ou involontairement) tronquée qui lui en serait donnée, l’inciterait à « passer le cap » et à franchir les portes de l’Ecole et du Centre. Derrière lesquelles il y a pourtant tant à trouver.

Ensuite, et de manière plus altruiste, parce que nous sommes conscients que, si nous avons eu la chance de trouver « la porte », d’autres parents et d’autres enfants ne sont probablement pas dans ce cas. Nous savons qu’à l’heure actuelle des femmes, des hommes et des enfants se débattent avec des difficultés immenses parce qu’ils n’ont pas eu la chance d’être guidés et conduits vers la pédagogie conductive. Et cela est tout aussi inacceptable.
Nous voulons dès lors, avec force, appeler à une amélioration radicale de la communication et de l’information autour de l’existence de la pédagogie conductive et des lieux où elle est appliquée. Nous lutterons avec tous les moyens dont nous disposons pour que la pédagogie conductive soit connue dans le milieu médical, dans les crèches, dans les écoles, dans les centres d’assistance sociale, dans la sphère politique, dans les médias. Etant entendu qu’il convient de veiller à ce qu’elle soit connue pour ce qu’elle est ; en dépassant l’image d’une méthode à peu près barbare issue de la hongrie profonde. Cette lutte nous la mènerons avec conviction. Mais nous savons que nous sommes peu de choses. C’est pourquoi nous appelons à la mise en place structurelle d’une communication de qualité autour de la pédagogie conductive.

Il en va de la qualité de vie de nombreuses personnes.


Zones d’incertitudes et questionnement latent : la place des parents ?

Après avoir dit que nous sommes, d’une part, heureux et, d’autre part, fâchés, nous voudrions clore cette présentation par une interrogation.
Cette question est la suivante : qu’en est-il exactement du rôle des parents ?

Cette question se fonde sur le raisonnement :
  • si l’objectif de la pédagogie conductive est d’amener l’enfant à l’autonomie ;
  • si cette autonomie est appelée à se déployer en tout lieu et à tout moment ;
Alors, ne convient-il pas de clarifier la double question de l’existence et du contenu des liens qui existent entre les équipes de professionnels et les parents ?

Cette question, nous nous la sommes posée parce que certains d’entre nous ressentent une forme de « césure » entre le travail réalisé dans le cadre de l’école et du centre, et la suite de vie de l’enfant à la maison ; tout en ne sachant pas comment se positionner face à cette césure. Et cela nous interpelle. C’est pourquoi nous souhaitons ouvrir la question; en espérant qu’elle trouve réponse au cours de la journée.

Je vous remercie pour votre attention.

Fabian Gillard
Au nom de l’APLF